La littérature russe au XIXe siècle – 8e séance : Anton Tchekhov


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Nous aborderons lors de ces huit séances l’âge d’or de la littérature russe au XIXe siècle à travers ses figures majeures (Pouchkine, Lermontov, Gogol, Dostoïevski, Tourgueniev, Tolstoï, Gontcharov, Gorki et Tchekhov). Nous montrerons que ces romanciers se définissent, à l’exception notable de Tchekhov reconnu par ses qualités de dramaturge et de nouvelliste, par leur singularité et leur puissance, rompant ainsi avec la tradition séculière du roman réaliste européen. Nous comprendrons que ces écrivains extraordinaires ont su prédire les bouleversements futurs (ceux du siècle suivant…) et qu’ils ont ouvert l’univers romanesque à des problématiques politiques et religieuses passionnantes qui concernent autant la question de l’individu que celle de Dieu et de sa mort présumée.

 

C’est avec la représentation d’Ivanov en 1887 qu’Anton Tchekhov acquiert son statut de dramaturge. A travers l’évocation de ce personnage désabusé et velléitaire, le héros tchekhovien apparaît déjà dans toute sa complexité, oscillant entre le ridicule et l’émotion. L’art théâtral de Tchekhov se révèle dans le basculement incessant entre comédie et tragédie. Contrairement à Tolstoï et Gorki, Tchekhov n’est jamais tenté par un recours à l’idéologie religieuse ou politique. Il demeure persuadé que l’existence est indéterminée et incompréhensible, que la réalité est confuse et que la vérité ne peut surgir qu’à travers l’évocation du quotidien et les non-dits des personnages.

Nous aborderons les débuts de Tchekhov, les pièces en un acte (de L’Ours aux Méfaits du tabac) et, bien sûr, la tétralogie de la maturité qui comprend La Mouette (1896), Oncle Vania (1897), Les Trois Sœurs (1901) et La Cerisaie (1904), en tentant de montrer les ressorts de cet art dramatique si subtil : l’imbrication d’un tragique existentiel et d’un tragique social, une expression lyrique associée à une profonde intériorisation psychologique et l’originalité de la forme dramatique, déjouant les codes scéniques traditionnels.

Tchekhov doutait, au lendemain de la première représentation de La Mouette, d’être un véritable dramaturge. Or son œuvre a connu une postérité exceptionnelle : elle n’a cessé d’être jouée partout à travers le monde. Nous évoquerons ainsi la création des pièces de Tchekhov par le Théâtre d’Art de Moscou et les mises en scène marquantes de la scène française de Georges Pitoëff à Antoine Vitez.