Toni Morrison ou la mémoire de l’esclavage
Quand Toni Morrison reçoit le Prix Nobel de littérature en 1993, elle est alors le premier écrivain noir américain à recevoir cette prestigieuse distinction. Récompense largement méritée pour l’une des romancières les plus importantes de cette période, dont l’univers littéraire cohérent et puissant a su fouiller le passé et le présent des Etats-Unis, en présentant de manière originale les questions raciales, sociales et métaphysiques. Dans son œuvre qui compte une dizaine de romans et quelques essais, Beloved, publié en 1987, s’impose comme un récit d’exception où la mémoire de l’esclavage s’inscrit dans le corps et l’âme de ceux qui ont été asservis. Par sa manière d’écrire qui colle au plus près de la conscience et de l’inconscient des personnages, par sa narration qui entremêle les différentes strates temporelles, par sa façon de faire surgir les grandes questions métaphysiques des situations les plus ordinaires, Morrison apparait comme l’héritière incontestable de William Faulkner, dont elle a toujours dit qu’il était l’un des plus grands écrivains du XXe siècle


